Taylorisation de l'enseignement

ChatGPT est-il le meilleur apprenti du canton?

Communiqué du SVMEP du 19 juin 2026

Ce mois de juin a vu arriver aux examens finaux pour le CFC la première volée d’apprenti·es employé·es de commerce de la « nouvelle ère ».[1] Les enseignant·es des écoles professionnelles commerciales sont « abasourdi·es » — disent-ils au SVMEP — par le travail d’évaluation pénible et absurde qu’elles et ils ont dû effectuer dans ce contexte. En effet, l’accumulation de non-sens pédagogiques et professionnels lors de ces examens est consternante, à commencer par l’usage libre et massif de l’IA générative par les candidat·es.

« On est tous abasourdis. » Cette phrase clôt un des courriels parvenus à notre syndicat, envoyé par une enseignante de français, après la session 2026 des examens pour l’obtention du CFC d’employé·e de commerce. D’une part, pour le contenu, ces enseignant·es se sont retrouvé·es plutôt démuni·es face aux épreuves, conçues de manière centralisée et en déconnexion avec le terrain : « le contenu des examens ne correspondait pas à ce qui a été enseigné » et « aucune compétence réelle acquise par l’apprenti·e ne ressort de ces examens. », car ils ne permettent pas d’évaluer « la capacité à comprendre, vérifier et expliquer une décision professionnelle. » Et un autre collègue de conclure : « c’est une nouvelle version, plus servile, des dactylos des années 70 qui sortira [de cette formation] ». En culture générale, nous dit un enseignant d’une autre école, « il n’y avait aucune connaissance, ni savoir, ni savoir-faire qui était possiblement examinable. Ce n’était que du savoir-être : être poli, être pour la durabilité, être contre le gaspillage. Et les réponses étaient toujours données dans la consigne ! »

D’autre part, il faut saisir l’extraordinaire nouveauté de ces examens : durant les épreuves écrites, les élèves avaient un ordinateur, avec accès à tout l’internet (sauf aux outils de messagerie). Par exemple, pour l’allemand, ils devaient effectuer des recherches et des calculs afin de rédiger un courriel. Mais seuls la syntaxe et le vocabulaire sont évalués par la grille, qui ne comporte aucun point pour le contenu. Selon un témoignage, les élèves « ont absolument tous utilisé l’intelligence artificielle » pour produire ce courriel, dont la forme était irréprochable, évidemment. Au final, « cet examen ne peut pas distinguer ceux qui maîtrisent de ceux qui ont bien prompté », affirme un enseignant. Ce constat a engendré une perte de sens et du désarroi chez les enseignant·es qui ont dû corriger ces innombrables courriels pratiquement identiques, après avoir consacré trois ans à essayer de transmettre aux apprenti·es des compétences, de développer leur esprit critique et d’encourager une expression authentique.

Dans une école, selon les dires des enseignant·es ayant surveillé les examens écrits, tous les élèves ont utilisé l’IA générative : « ils ont à peine lu la consigne, se sont contentés de la recopier dans une IA et ont collé la réponse telle quelle, sans même la vérifier. Donc, on a corrigé, à l’écran, des centaines d’épreuves rédigées par l’IA et, évidemment, toutes identiques. »

Enfin, certain·es collègues s’inquiètent de l’inégalité d’accès aux outils numériques : « Certains élèves vont pouvoir acheter une licence [d’IA] pour avoir les meilleures possibilités de réussite. Ceux qui ne le peuvent pas seront indirectement discriminés. »

Le SVMEP déplore amèrement la situation dans laquelle sont mis·es les apprenti·es du commerce et leurs enseignant·es. Nous assistons à une véritable régression dans la formation professionnelle initiale en Suisse, qui procède à une casse des qualifications dans les métiers du commerce (mais aussi de la vente). Cela n’est rien d’autre que la conséquence de la réforme Commerce 2023, pilotée par les autorités fédérales et mise en œuvre par le canton, et que notre syndicat avait dénoncée avec détermination, dès ses prémices[2].

[1] Pour reprendre les termes des associations patronales du secteur. Voir la-reforme.ch

[2] Voir notre site web, à la rubrique Réformes des formations commerciales.

La presse en parle :
 «ChatGPT est-il le meilleur apprenti employé de commerce vaudois?», 24 heures
Journal RTS La Première du 22 juin 2026

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